RECHERCHES BIBLIOGRAPHIQUES SUR BEJA: SOMMAIRE

  1. SALLUSTE
 2. PLINE
 3. PLUTARQUE
 4. Silius Italicus
 5. Procope
 
6. Al-Bakri
 7. Al-Idrissi
 8. Mohamed El Abdery
 9. Léon L'AFRICAIN
 10.
MARMOL
11. Pierre d'AVITY
12. Laurent d'ARVIEUX
13. Thomas SHAW
14. Morcelli
15. Jean-André PEYSSONNEL

16. Henri DUNANT
17. Victor GUERIN
18. Albert de LA BERGE
19. le capitaine VINCENT (1883)
20. Henri SALADIN
21. René CAGNAT (1888)
22. René CAGNAT (1901)
23. René CAGNAT (1887)

24. Charles DIEHL
25. Edouard CHARTON
26. A. L. FROTHINGHAM Jr

27. Emile VIOLARD
28. Le capitaine Vincent
29. Elisée Reclus
30. Stéphane GSELL
31. Abbé Bonjean
32. Abbé NEU

33. Ammar MAHJOUBI
34. F. BONNIARD

19. NOTICE EPIGRAPHIQUE SUR BEJA ET SES ENVIRONS
Auteur: M. le capitaine VINCENT
Membre titulaire de l'Académie d'Hippone
Source: BULLETIN DE L'ACADEMIE D'HIPPONE. Numéro: 19. Année: 1883

Depuis seize mois bientôt que nous sommes attaché au service des renseignements à Béja, notre attention s'est portée souvent sur les ruines nombreuses qui existent dans cette ville ou qui l'entourent. Nos fonctions nous obligeant à parcourir son territoire en tous sens, nous avons été à même de nous rendre compte de l'importance qu'il avait eu sous les Romains en recherchant les traces qu'ils y ont laissées.
Nous n'avons pas la prétention toutefois d'y avoir tout vu et tout relevé, mais nous pensons pouvoir donner des renseignements assez précis sur tous les points visités. Nous avons d'ailleurs l'intention de continuer nos recherches et l'espoir d'être plus utile, dès lors, à tous ceux qui désirent connaître ou explorer cette contrée si riche en souvenirs historiques.
En attendant, et comme l'Académie d'Hippone a bien voulu réserver une place à nos communications dans son Bulletin, nous donnerons ici, sans plus tarder, le résultat de nos recherches et de nos découvertes en 1883.
Mais avant d'entrer en matière, qu'on nous permet de revenir un instant sur l'histoire de l'antique Vaga.

HISTORIQUE DE VAGA

Située au centre d'une contrée essentiellement fertile et reliée à d'autres villes importantes par de nombreuses et grandes voies de communication, Vaga devait attirer tout naturellement l'attention du conquérant.
En l'année 109 avant J.-C., elle sert de lieu de conférence entre un questeur romain, Sextilius, et un envoyé de Jugurtha.
L'année suivante, Metellus y met une garnison, en fait un lieu de ravitaillements. Mais les habitants, poussés à la révolte par Jugurtha, massacrant bientôt cette garnison et ne tardent pas non plus à être cruellement châtiés par le consul qui détruit leur ville.
Après quelques années de calme, pendant lesquelles elle parvient à se remettre de ses désastres, elle est de nouveau prise et saccagée par Juba au moment où César allait s'en emparer.
Enfin avec l'ère chrétienne, elle prend le titre de Septimia Colonia et elle a ses évêques et ses martyrs, comme Carthage, comme Cirta (Ve siècle).
Au VIe siècle, sous Justinien (527-565), elle échange son titre de Septimia Colonia contre celui de Thedorias en l'honneur de l'impératrice et voit ses remparts relevés, tels qu'ils existent encore aujourd'hui.
Survient l'invasion arabe et Vaga subit le sort des autres villes romaines de l'Afrique. Elle devient la proie des musulmans ; les temples, devenus des basiliques avec les Byzantins, se transforment en mosquées et le croissant remplace partout la croix.
Cependant, le géographe Bekri, qui visita Béja en l'an 1000 ou 1100 de notre ère, rapporte que c'était une jolie ville entourée de beaux jardins, ayant de grands bains, un marché important.

DESCRIPTION DE BEJA

On ne saurait en dire autant d'elle aujourd'hui, car ce n'est plus qu'un amas de ruelles sales et obscures, de maisons délabrées et puantes où grouillent pêle-mêle gens et animaux.
Elle comprend deux parties distinctes: la ville haute, ancienne Vaga, et la ville basse ou moderne, qui a été bâtie avec des matériaux pris dans l'ancienne. Le tout est entouré d'une espèce d'enceinte en mauvaise maçonnerie, percée de six portes. La Casbah, ancien oppidum, est à 255 mètres d'altitude; la ville se trouve à 212 mètres seulement.
Ca et là dans les maisons, encastrées dans les murs, servant de piliers dans les écuries, de pavés dans les rues, partout, enfin, on rencontre inscriptions ou fragments d'inscriptions attestant les scènes de dévastations par lesquelles Vaga a passé.
En ayant exploré aussi scrupuleusement que possible l'une et l'autre partie, nous allons en donner une description sommaire et en reproduire les inscriptions qui, à notre connaissance, n'ont pas encore été publiées, en commençant par celles qui se trouvent encastrées dans le mur de l'enceinte.

MUR D'ENCEINTE

Ce mur comprend un développement de près d'un kilomètre. Construit avec des matériaux ramassés un peu partout, il n'a aucun style. On y voit, comme dans presque toutes les anciennes villes de l'Afrique, des colonnes brisées à côté de chapiteaux, de pierres tombales. Tout était bon pour les Byzantins qui avaient hâte de se retrancher derrière des murailles, de se prémunir contre les attaques des indigènes, de se fortifier, en un mot.
Il est intact sur les faces nord, est et ouest. Quant à la face sud, elle n'existe plus. A sa place, on voit des maisons juives et arabes, construites avec les matériaux mêmes de cette portion d'enceinte et dans lesquelles, en cherchant bien, on retrouve les sub-structions des anciennes murailles.
Il est flanqué de vingt-deux tours encore debout, sur quelques-unes desquelles on remarque des inscriptions provenant, la plupart, du cimetière de la ville. Une seule toutefois mérite d'être signalée. C'est le fragment de dédicace suivant qui est encastré dans la face sud-ouest, presque au niveau du sol et dont les lettres, hautes de 0m 06, sont intactes et très lisibles:

Nous le croyons inédit; en tout cas Victor Guérin n'en parle pas.
Quant aux inscriptions encastrées dans le mur même de l'enceinte et dont Victor Guérin ne fait pas mention non plus, nous en reproduisons ci-dessous cinq des mieux conservées.

2
Sur une pierre carrée de 0m 50 de haut sur 0m 50 de large:

3
Sur une stèle de 1m 20 de hauteur sur 0m 50 de large:

4
Sur une pierre carrée:

Enfin, l'ancienne enceinte de Béja est percée de trois ouvertures qui portent les noms de:
Bab Bouttaa
Bab El-Aïn
Bab Souk

Ce sont des portes arabes construites aussi avec d'anciens matériaux et dont la dernière, attenante à l'ancienne basilique où Victor Guérin a relevé ses deux inscriptions numéros 215 et 216, attira seule notre attention.
Nous avions remarqué depuis quelque temps déjà, de chaque côté de cette porte, les amorces d'une voûte construite en pierres de taille parfaitement agencées et mesurant une épaisseur de 1m 50. Nous avions même aperçu comme des corniches à la surface du sol, ce qui nous avait incité de plus en plus à dire que la porte arabe se trouvait bâtie sur une ancienne porte romaine.
Nos prévisions ne tardèrent pas à se confirmer, car, dans un petit magasin en ruine situé à 3 mètres environ de distance, nous découvrions peu de temps après une semblable voûte sortant de terre de 0m 60 que nous nous empressâmes de faire déblayer et mettre complètement à découvert. Nous fûmes alors en présence d'une véritable porte construite en pierres de grand appareil, mesurant de la clef de voûte au seuil une hauteur de 4m 50 sur une largeur de 2m 60. Une corniche, malheureusement cassée en plusieurs points, en couronnait les pieds droits. Une autre, d'assez grande dimension, en occupait, sans doute, toute la partie supérieure. Nul doute qu'elle formait, avec celle qui est encore enfouie sous le sol et supporte la porte arabe actuelle, une de ces portes à deux entrées comme les Romains aimaient tant à en construire.
Cette porte, dont le seuil formé d'une seule pierre repose à une altitude de 208 mètres, alors que le niveau du sol actuel est à 212 mètres, était murée par de grosses pierres, débris de colonnes, de chapiteaux et autres matériaux identiques à ceux que l'on remarque dans les murs de l'enceinte.
Trois lampes en terre cuite ont été trouvées dans nos fouilles, à 3 mètres environ de profondeur, mais elles semblent ne pas être d'origine romaine. Plusieurs médailles en cuivre ont été également trouvées dans les déblais:
1. l'une, de 0m 02 de diamètre porte, sur la face, une tête de femme laurée, et, sur le revers, une tête de cheval avec un disque. Elle est indubitablement d'origine carthaginoise; 2. l'autre, de 0m 012 seulement porte, d'un côté, la date de 106 de l'hégire répondant à l'année 728 de notre ère. Sur la face opposée, on lit bordj Koriche
Placée sur le seuil même de la porte, sous une grosse pierre, elle semblerait indiquer que cette porte fut murée vers le VIIIe siècle de l'être chrétienne. Un puits de sondage, pratiqué dans l'axe de cette porte et à quelque distance, nous a permis de constater à la même profondeur de l'ancienne voie romaine.
Il est donc hors de doute que par suite de l'exhaussement du sol dû soit au glissement des terres ou à l'amoncellement des décombres, l'ancienne Vaga se trouve aujourd'hui presque toute entière sous terre.
Des traces d'inscriptions se voient au-dessus de la porte, sur la clef de voûte, mais il nous a été impossible de les déchiffrer ou de les estamper. Avec une lunette, nous sommes cependant parvenus à lire ces quelques caractères:

5

Enfin, une tranchée ouverte à 10 mètres plus loin et sur la droite, nous a aussi permis de constater l'existence du rempart au même niveau que le seuil de la porte, c'est à dire à 4 mètres de profondeur.

AIN BEJA

Cette fontaine, d'origine romaine, est placée au fond d'une espèce de cuvette, près de la porte Bab-el-Aïn. Les escaliers par lesquels on y descend, les murs qui l'entourent paraissent avoir été construits postérieurement à l'occupation romaine.
Auprès de la fontaine, trois ouvertures cintrées apparaissent au milieu de décombres de toutes sortes. Nous en avons fait déblayer une, ce qui nous a permis de constater qu'une salle voûtée était attenante à la fontaine et qu'on y pénétrait et en sortait par trois portes construites en pierres de taille.
Des fouilles, pratiquées à l'intérieur de cette salle, mirent à jour un dallage composé de belles pierres, d'une teinte bleuâtre, et une piscine mesurant 2 mètres de long sur 1m 50 de large et 0m 86 de profondeur où l'eau pénétra de toute part, dès qu'elle fut débarrassée de la terre qui l'emplissait.
Nous étions en présence d'un de ces bains dont parle El-Bekri dans sa Description de l'Afrique Septentrionale.
L'altitude, prise du sol même de la fontaine, est de 208 mètres près de la porte Bab-el-Aïn. De la rue, l'altitude est de 212 mètres, d'où une différence de niveau de 4 mètres concordant parfaitement avec celle que nous avons trouvée dans les fouiles de Bab-Souk.
La salle attenante à la source mesure 12 mètres de long sur 4 mètres de large. Les portes ont 3m 20 de haut sur 2m 60 de large. Les piliers qui les séparent ont 2 mètres de côté. Une corniche assez bien conservée surmonte les voûtes. Nous n'y avons remarqué aucune inscription et, en fait de médailles anciennes, nous n'y avons trouvé que quelques monnaies en cuivre dont une, entre autres, de l'époque de Soliman 1er (VIIIe siècle de l'hégire).

DOCUMENTS EPIGRAPHIQUES RELEVES DANS BEJA MEME

6
Fragment d'inscription trouvé dans la maison du nommé Djelani Chouad:

7
Fragment de dédicace trouvé dans la maison du nommé Ali El Bakri:


Fragment d'inscription trouvé dans la maison du sieur Brahim ben Olmia:

9
Fragment trouvé dans la maison de Mohamed ben Bazaïa:

10
Fragment d'inscription tumulaire trouvé dans la maison de Ben Abbès:

11
Pierre tombale, avec sculptures, encastrées dans un des murs de la maison de Mohamed Solim:

12
Pierre tombale trouvée dans le marabout de Bou-Arba:

13

14
Pierre tumulaire trouvée dans la maison de El-Alouch:

15

 16
Stèle sculptée trouvée dans la maison de Ben Abbès:

17
Fragment d'inscription trouvé dans un marabout:

18
Stèle sculptée trouvée dans la maison d'El-Hadj Brahim:

Ces dix-huit inscriptions forment avec celles que nous avons déjà relevées à Béja même et publiées dans le Bulletin n° 18 de l'Académie d'Hippone (p. LXIII, LXIV), un total de vingt-trois inscriptions ou fragments d'inscriptions répartis comme suit:
Epitaphes païennes: 11
Id chrétiennes: 1
Dédicaces impériales: 9
Id religieuses: 2
Le Corpus, de Berlin, en contient trente-deux, ce qui fait en tout cinquante-deux, nos numéros 4, 5 et 6 (Bull. n°18, p.LXIII) appartenant tous trois à la grande dédicace impériale dont il ne donne que quatre fragments sous le n° 1217.

ENVIRONS DE BEJA

Les ruines romaines sont nombreuses autour de Béja, avons-nous dit. Nous allons en citer quelques-unes avec les insciptions que nous avons eu la bonne fortune d'y découvrir:

1. ENCHIR EL-KHADA-KADHA

Cette ruine est située sur la route de Béja à Souk-el-Kmis, à environ 5 kilomètres de Béja, et couvre une étendue de près de 4 hectares. Quelques fouilles nous ont permis de reconstituer le tracé d'une enceinte et de mettre à découvert les murs d'une basilique dont plusieurs chapiteaux paraissent appartenir à l'ordre corinthien. Sur l'un d'entre eux, on voit sculptée l’image d'une colombe. Quelques menus objets en cuivre et deux petites monnaies en argent, dont l'une date de l'an 737 de J.-C., ont été trouvés éparpillés sur la mosaïque à fond blanc et guirlandes noires d'une chambre attenante à cette basilique.
Il n'existe point d'inscription dans cet ancien édifice religieux, qui paraît avoir servi de mosquée, mais il est vrai de dire que nous n'en avons fouillé qu'une très faible partie. Il est fort probable qu'on en découvrirait si on en continuait les fouilles.
A 50 mètres environ de là, nous avons remarqué un gros bloc de pierre aux trois quarts enfoui dans le sol. Nous l'en avons fait retirer; il mesurait 1m 55 de long sur 0m 75 de large et 0m 55 de côté. Mais la pierre, qui paraissait avoir servi de seuil à un marabout ou à quelque autre usage profane, était brisée en tête et fortement usée sur les côtés. Une inscription d'une cinquante de lignes s'y trouvait gravée à droite et à gauche, séparée par une rainure de plusieurs centimètres de profondeur.
Un grand nombre de lettres en étaient malheureusement si maltraitées par le temps, que nous n'avons pu en retirer rien de bon absolument.
Nous avons pris toutefois, en plusieurs feuilles, en estampage de la partie la moins dégradée, celle de droite, estampage que M. Papier et M. le professeur Johannes Schmidt, de Giessen (Allemagne), mes deux savants collègues de l'Académie d'Hippone, ont étudié et lu, chacun de leur côté, de la manière suivante:

19



2. HAMMAM-SIALLA

Ces eaux chaudes, très fréquentées par les Arabes des environs, se trouvent à 4 kilomètres environ de l'enchir El-Khada-Kadha et sur la même route.
Des ruines assez considérables couvrent le mamelon qui domine la source. Nous y avons trouvé un fragment d'inscription assez fruste dont nous donnons ci-dessous une copie plus ou moins exacte et dont nous avons adressé un assez bon estampage à M. le président de l'Académie d'Hippone, avec la certitude qu'il en saura tirer le meilleur parti:

20

3. ENCHIR EL-TERROUCH

Cette ruine, située sur la route par laquelle on revient du Hammam-Sialla à Béja, est à 2,500 mètres au sud de l'enchir El-Khada-Kadha. On y remarque près d'un beau jardin et d'une belle source l'emplacement d'un édifice romain. Des colonnes en marbre, des chapiteaux, des bassins, sont disséminés çà et là. Nous y avons découvert l'inscription tumulaire suivante:

21

22

Sur un fragment de pierre, nous avons lu les caractères suivants, sans pouvoir en déchiffrer davantage, tant la pierre est usée en certains endroits:

4. CAMP DES ROMAINS

Sur la route qui mène de Béja à Mateur et à 2,500 mètres au plus de l'ancienne Vaga, on aperçoit sur un petit plateau, et sur la rive droite de l'oued Béja, les vestiges encore assez bien conservés d'un camp retranché.
Il affecte la forme rectangulaire et mesure 25,500 mètres de superficie. Les faces nord-ouest et est sont intactes et comportent des fossés de 20 mètres de largeur sur 3 mètres de profondeur. La face sud se compose d'un tere-plein avec traces de murs. Des vestiges de tours et de constructions en pisé se voient çà et là à l'intérieur.
En admettant avec notre camarade Hardy (Des origines de la Tactique) qu'il faut trois toises et demie pour placer vingt et un hommes, on trouve que notre castrum pouvait contenir 3,500 légionnaires.

8. ENCHIR EL-FAOUAR

Si, en quittant le Camp des Romains, on reprend la route de Mateur, on rencontre à 6 kilomètres environ de Béja les traces d'une petite localité où nous avons relevés les trois inscriptions ou fragments d'inscriptions ci-dessous:

23

24

25

6. SIDI-SOLTAN

Petit marabout élevé en l'honneur de ce saint, mort en l'an 950 de l'hégire (1533), sur la route qui mène de Béja (ville) à Béja (gare), à 5 kilomètres tout au plus de la première. Il paraît construit sur l'emplacement d'un ancien temple, car d'énormes colonnes sortent encore de terre et sa voûte repose sur le chapiteau de l'une d'elles. Ayant cru remarquer sur celle-ci les amorces de quelques lettres, nous la débarrassâmes de l'épaisse couche de chaux qui la recouvrait entièrement et fïmes apparaître une inscription de sept lignes dont nous donnons ici une copie aussi fidèle que possible, faisant observer que la troisième ligne est martelée à partir de ANTONINI:

26

7. ENCHIR MEGACHIA

Vaste ruine située sur le versant nord du djebel Djejegua, à 8 kilomètres de l'enchir El-Faouar (16 kil. nord-est de Béja), à gauche de la route (ancienne voie romaine) qui mène à Mateur, dans la direction des Nefza. Des débris de colonnes, de chapiteaux, de corniches, couvrent partout le sol. Nous y avons relevé les cinq inscriptions suivantes:

27

Dans un marabout et sur un fragment de pierre, brisé en tête et à droite:

28

Sur deux côtés d'une pierre trouvée sous terre:

29

30

Pierre tumulaire:

31

32

Pierre tumulaire en très mauvais état de conservation:

8. ENCHIR RAMDAM

Ruine très importante située sur la rive droite de l'oued Begra, à 5 kilomètres environ de l'enchir Megachia (21 kil. nord-est de Béja), près de la kouba de Sidi-Ameur et du bordj de Ramdam-ben-Achour.

33

Sur un bloc de 0m 70 de long sur 0m 60 de large, encastré dans un mur:

Des palmes ou branches de palmier gravées en tête de l'inscription. Au-dessus de celle-ci, trois têtes d'hommes correspondant à chaque nom indiqué sur la pierre. (Estampage.)

9. KSAR-MEZOUAR

Sur une pierre semblable à celle portant l'inscription trouvée au même endroit le 12 septembre 1882 et publiée par l'Académie d'Hippone dans le compte-rendu de ses réunions des 12 octobre et 23 novembre suivants.
La pierre est devenue tellement friable qu'il n'en restera bientôt plus rien. Nous en avons pris, non sans grandes précautions, un estampage que nous avons adressé à M. Papier, en le lui recommandant bien, de peur de ne pouvoir lui en envoyer un second. Il a su en tirer tout ce qu'on peut en tirer, je crois, c'est-à-dire le texte suivant:

34

CHRONIQUE

LETTRE DU CAPITAINE VINCENT AU PRESIDENT DE L'ACADEMIE D'HIPPONE

Béja, le 9 février 1883.

Monsieur le Président,

Sur le mamelon situé à 1,800 mètres de la ville de Béja, où se trouve actuellement le camp, on remarque entre la maison su commandant supérieur et celle du service des renseignements, une masse de béton rougeâtre qui émerge à certains endroits du sol. Cette maçonnerie très dure, dans laquelle on a jeté de gros blocs de pierre, s'étend assez loin à droite et à gauche de la place d'Armes.
En pratiquant des fouilles pour la construction d'un canal destiné à l'écoulement des eaux, derrière notre bureau, les ouvriers ont mis à jour une excavation en forme de caveau voûté, dans laquelle il a été trouvé des ossements humains, une lampe et une urne funéraire.
En présence de cette découverte et après examen du sol, j'ai fait pratiquer quelques sondages et, en divers endroits, j'ai constaté l'existence de puits murés avec de forts moellons et de la terre meuble.
Le déblaiement de ces puits à commencé et jusqu'à ce jour le nombre des caveaux découverts se monte à douze environ.
Tous ces tombeaux sont construits d'une façon uniforme. Une entrée, ayant la forme d'un rectangle, permet d'y descendre. Ces ouvertures sont taillées dans la maçonnerie en béton et varient entre1m 50 et 3 mètres de profondeur.
Les tombeaux construits dans la maçonnerie affectent la forme d'une demi-circonférence ou d'une demi-sphère, selon qu'ils ont servi de sépulture à une ou plusieurs personnes.
En entrant dans l'intérieur, on est frappé de l'état parfait de conservation des objets qui y sont placés et qui remontent à une période de vingt siècles au moins.
Sur un sol légèrement friable et recouvert d'une couche de poussière grisâtre où à des coquilles d'escargots se mêlent des débris de toute sorte, des ossements humains reposent et donnent une idée de la position qu'occupait précédemment le corps.
Différentes poteries sont placées à droite et à gauche du squelette; ce sont des urnes, des lampes, des bols, des soucoupes. Quelques-unes de ces poteries sont très fines et affectent des formes élégantes. Plusieurs médailles en cuivre ont été trouvées; elles portent soit une tête de cheval, soit un cheval lancé au galop. Sur la face, on retrouve les originaux dont les fac-similé se trouvent dans l'Univers pittoresque, édition 1844, traitant de Carthage, par Dureau de la Malle.

Source: Univers pittoresque, édition 1844, traitant de Carthage, par Dureau de la Malle

Source: Univers pittoresque, édition 1844, traitant de Carthage, par Dureau de la Malle

La forme de ces caveaux, l'examen de ces médailles, l'absence de toute inscription, tout nous fait présumer que ces tombeaux devaient servir de sépulture à des Carthaginois, et que le mamelon où le camp de Béja se trouve actuellement était une vaste nécropole où les anciens habitants de Vaga enterraient leurs morts.
Un crâne, dont la moitié latérale droite était intacte, a permis à M. le Dr Martin, aide-major au 92e de ligne, d'en déterminer les principaux caractères.
L'angle facial, mesuré suivant la méthode de Camper, avait 73° d'ouverture. La boîte crânienne, vue par sa partie supérieure, était ovale, la plus grande longueur l'emportant sensiblement sur la plus grande largeur. Les bosses sourcilières étaient saiilantes. Les incisives verticales.
Le crâne appartenait donc au type dolicocéphale orthoguathe, c'est-à-dire aux races indoues ou sémitiques qui se rattachent elles-mêmes à l'espèce caucasique.
Ce qui est toutefois contradictoire avec deux caractères, c'est le peu d'ouverture de l'angle façial.
Les fouilles continuent, et tout fait présumer, que de nouvelles découvertes viendront s'ajouter à la collection déjà nombreuse des objets que nous nous proposons d'adresser au musée crée à Tunis.
Nous avons fait entourer d'un mur en pierre sèche le terrain où se trouvent les tombeaux, de manière à protéger leur conservation.
D'après les renseignements recueillis auprès des plus anciens habitants de Béja, ce mamelon, qui porte le nom de Bou-Amba, a été de tout temps recouvert d'une forte couche de terre végétale et cultivé par les gens du pays.
Depuis notre occupation, les travaux exécutés pour l'installation du camp ont enlevé la couche de terre arable et nous ont permis de faire les découvertes dont j'ai l'honneur de vous rendre compte ici.
Les fouilles exécutées jusqu'à ce jour ont donné, comme résultat, la découverte d'une vingtaine de tombeaux; mais ceux qui sont situés sur le sommet du mamelon, autour de la maison du commandant supérieur et qui paraissent d'une époque plus ancienne, sont comblés. Il n'y a été trouvé que très peu d'objets intacts.

Veuillez agréer, etc.

VINCENT
Capitaine hors cadres

EXTRAIT DES PROCES VERBAUX DES SEANCES

M. le capitaine Vincent écrit de Béja qu’en faisant creuser derrière la maison qu’il habite un petit canal pour l’écoulement des eaux, il vient de découvrir une série de tombeaux de 1m 65 de haut sur 1m 00 de large, renfermant, entre autres objets, plusieurs médailles de l’époque carthaginoise. Il en est à son huitième, dit-il, et pense en découvrir d’autres encore, car la masse de béton au milieu de laquelle ces tombeaux sont creusés émerge du sol sur une assez longue étendue.

REUNION DU BUREAU DU 24 MARS 1883. - Présidence de M. PAPIER. - Après la lecture et l'adoption du compte-rendu de l'assemblée générale du 15 février dernier, M. le président donne lecture de la correspondance et des communications qu'il a reçues depuis cette date.
Communications. - M. le capitaine Vincent adresse de Tunisie un plan du camp de Béjà, situé sur un mamelon appelé par les indigènes Bou-Amba, des dessins représentant la coupe des fouilles de huit tombeaux, dans lesquels il a trouvé des lampes et des vases de formes très diverses dont il joint les dessins à son envoi.
Le bureau décide la reproduction par la gravure de ces divers dessins, et l'insertion dans le Bulletin n°19 des rapports qui les accompagnent.