RECHERCHES BIBLIOGRAPHIQUES SUR BEJA: SOMMAIRE

  1. SALLUSTE
 2. PLINE
 3. PLUTARQUE
 4. Silius Italicus
 5. Procope
 
6. Al-Bakri
 7. Al-Idrissi
 8. Mohamed El Abdery
 9. Léon L'AFRICAIN
 10.
MARMOL
11. Pierre d'AVITY
12. Laurent d'ARVIEUX
13. Thomas SHAW
14. Morcelli
15. Jean-André PEYSSONNEL

16. Henri DUNANT
17. Victor GUERIN
18. Albert de LA BERGE
19. le capitaine VINCENT (1883)
20. Henri SALADIN
21. René CAGNAT (1888)
22. René CAGNAT (1901)
23. René CAGNAT (1887)

24. Charles DIEHL
25. Edouard CHARTON
26. A. L. FROTHINGHAM Jr

27. Emile VIOLARD
28. Le capitaine Vincent
29. Elisée Reclus
30. Stéphane GSELL
31. Abbé Bonjean
32. Abbé NEU

33. Ammar MAHJOUBI
34. F. BONNIARD

22. En Tunisie - Après 10 ans
Auteur: René CAGNAT
Source: A Travers le Monde. 1901

INTRODUCTION

Depuis 1879, avant l'occupation française, jusqu'en 1883, au lendemain de l'établissement du protectorat, M. Cagnat, membre de l'Institut, n'a cessé de parcourir la Tunisie dans tous les sens, à la recherche des traces qu'y a laissées la domination romaine. Les lecteurs du Tour du Monde ont apprécié le nombre d'observations intéressantes que le savant archéologue, en dehors de ses beaux travaux sur les antiquités romaines, a rapportées de ses voyages au pays tunisien.
Il l'a vu passer du gouvernement des Beys à l'administration des Résidents français. Un voyage récent, auquel M. Millet nous a conviés, lui permet de juger les effets de cette administration; c'est une bonne fortune pour le Tour du Monde que de pouvoir recueillir ce jugement.

...

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Tels sont les principaux changements que j'ai notés au cours de mon récent voyage. [...]

Dirai-je maintenant que pour l'artiste, pour le voyageur, le pays n'a rien de son aspect d'autrefois ? Ce serai mentir. Je ne cacherai pas que j'ai vu avec une profonde tristesse bien des transformations qui sont, dans plus d'un cas, des profanations; je ne dissimulerai pas que le Kef me plaisait quand la rue des Remparts était bordée de maisons arabes, même ruinées, et non d'hôtels borgnes ou de marchands de vin; quand la mosquée de la fontaine n'avait pas été rebâtie par un manoeuvre italien, avec des moellons à bossage, à la façon d'un clocher de campagne; quand les pierres de la Kasbah n'avaient point été retaillées et gardaient leur belle patine antique; que je préférais l'aspect de Béja avant qu'on eut installé une halle aux grains à toit rouge et que la Kasbah eût été déshonorée par deux vulgaires constructions à l'européenne. Etonnerai-je le lecteur en lui disant que village d'El Djem n'a rien gagné à posséder un « Café de l'Amphithéâtre », que les huileries de Sousse avec leurs grandes cheminées, et même le château flanqué de deux ailes et surmonté de faux paratonnerres, qui en gardent l'accès du côté de Monastir, ont étrangement gâté l'entrée de la ville ? Oserai-je dire que je n'approuve pas le projet de démolir les remparts du côté de la mer, encore moins celui de toucher aux remparts de Kairouan - il suffit que que le génie ait percé dans le mur une porte à fronton triangulaire, qui est l'oeuvre d'un ... inconscient, et dégarni un des bastions d'angle de ses créneaux si originaux pour le couronner d'une baraque d'ordonnance ? Ajouterai-je l'idée de jeter à terre tout le Bardo m'a paru pour le moins étrange ? Ce serai si aisé pourtant, tout en faisant la part des nécessités nouvelles de la colonisation, de rester gens de goût. A cet égard je regrette, presque les larmes aux yeux, le temps où nous n'avions pas mis les pieds dans la Régence. Il est vrai qu'on jouit maintenant à Tunis de la liberté de la presse et qu'on y fait un premier essai du suffrage universel; mais le pays a déjà perdu une partie de son intérêt et de sa poésie. Je sais de vieux Tunisiens qui se trouvaient plus heureux au temps où ils vivaient, en face du grand soleil, sans journaux et sans élections, et qui supplient les inspecteurs des travaux publics de ne pas ouvrir de routes dans la région qu'ils habitent. Sont-ce des fous ou des sages ? Ceux qui ont vu la Tunisie jadis et qui l'ont aimée pour son charme très oriental, presque pour sa décrépitude, hésiteront peut-être à les condamner.