| RECHERCHE DOCUMENTAIRE SUR BEJA: | ||
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Albert de LA BERGE (1845-19..)
Titre :
En
Tunisie
Publication : Paris. Firmin-Didot, 1881
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1881
La ville de Béja (en arabe Badja) a une importance stratégique par sa
position aux confins sud-est du pays des Kroumirs et par le peu de distance qui
la sépare de la vallée et du chemin de fer de la Medjerdah, 11 kilomètres. Elle
est la base d'opérations naturelle d'un corps qui veut observer la vallée,
pouvoir pénétrer rapidement au coeur des montagnes du nord-ouest et donner la
main soit à des troupes qui opèrent dans la haute Medjerdah, soit à des troupes
venant de Mater et de Bizerte.
Béja est une vieille ville romaine, carthaginoise ou numide peut-être; c'est la
Vacca des anciens. Aujourd'hui elle a le caractère de la vile arabe pure. De
loin, avec ses murs blancs et ses minarets élevés, penchée sur sa colline, elle
a un aspect assez pittoresque. Sa forme est celle d'un pentagone irrégulier dont
la casbah serait le sommet. L'intérieur de Béja présente malheureusement, au
dire des voyageurs, un aspect hideux de malpropreté et de tristesse. Au milieu
de la ville est une fontaine abondante, située au fond d'une tranchée où l'on
descend par un escalier. Les murs de soutènement de cette tranchée sont bâtis
avec d'anciennes pierres romaines où l'on voit encore quelques fragments de
sculpture. On voit dans l'oued-Béja des restes d'un ancien pont romain. Quelques
piles sont assez bien conservées. Au sud de la ville sont quelques ruines
éparses près d'une ferme nommée Hechir-es-Seman; on en trouve également à
l'ouest du côté du territoire des Bou-Salem, vers une localité appelée Grisia.
Shaw, un voyageur anglais du XVIII siècle, a rapporté une inscription latine
qu'il a trouvée à Béja, qui a l'apparence d'une inscription tumulaire et dont le
savant M. Hase a restitué le texte.
La population de Béja est évaluée à 4 ou 5000 habitants, parmi lesquels on
compte 300 Israélites, 25 Italiens, 30 Maltais et 2 Français, dont l'un, M.
Radenac, un Breton, est agent consulaire et agent du télégraphe.
L'intérieur de la ville est encore aujourd'hui ce qu'il était y a trente ans.
Les rues étroites et tortueuses, traversées par des rigoles où coule une eau
infecte, sont des fondrières, des ravins avec des blocs de pierre jetés au
travers en guise de trottoirs. La mosquée de Sidi-Aissa est assez belle
comme proportions architecturales, mais elle est dans un état d'entretien
déplorable. La ville, qui regarde à l'est, est entourée de vieilles
murailles
grises, crevassées, sans bastions ni canons, percées de portes étroites.
La
casbah, qui domine la ville, paraît être de construction byzantine. Nos troupes
y ont trouvé sept canons en fonte sur des affûts pourris, une centaine de
boulets de cent livres rouillées, dans les magasins d'armes quelques fusils à
pierre et quelques sacs du temps de Louis-Philippe, achetés à Paris sans doute
par les officiers français qui organisèrent, alors l'armée tunisienne. Au centre
de la ville est un bazar peu intéressant, où l'on remarque une belle colonnade
de marbre rouge.
Autrefois, cette même ville de Béja, aujourd'hui sale et presque en ruines,était
une des cités les plus florissantes de la Tunisie. Elle avait des bains, des
caravansérails, des marchés, des jardins superbes. Ses environs étaient couverts
d'oliviers, et les historiens célébraient la fertilité de son sol. A l'heure
présente elle est encore un marché agricole important, mais elle a perdu son
ancienne splendeur et elle ne tente le voyageur que par sa position gracieuse et
la vue magnifique dont on jouit du haut de sa casbah. L'oeil parcourt plus de
dix lieues à l'est, sur toute la plaine de la Medjerdah et sur toutes les
collines qui s'étendent du côté de Mater, du pays de Mogod ou des Kroumirs.
Les environs de Béja sont généralement bien cultivés, surtout au sud et à l'est,
mais les arbres manquent. Pas même d'arbustes ni de broussailles. L'oeil
n'aperçoit que vastes champs d'orge et de blé ou des landes émaillées de
liserons, de coquelicots ou d'asphodèles. Il faut être au pied des
murailles
pour trouver des arbousiers, quelques figuiers de Barbarie et quelques maigres
arbres fruitiers de nos jardins d'Europe. Malgré le coup d'oeil pittoresque que
présente Béja avec ses murs blancs et jaunes, dans sa ceinture verdoyante et
avec son panorama de plaines fertiles, le séjour de cette ville est peu goûté,
le pays étant un des plus insalubres de la Tunisie.