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Léon L'AFRICAIN
(1496?-1548)
Titre : De l'Afrique, contenant la description de ce pays, la navigation des anciens capitaines portugais aux Indes
orientales et occidentales. Traduction de Jean Temporal
Publication : Paris. (Impr. de L. Cordier ; impr. de Ducessois),
1830
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TOME SECOND
Beggia
Beggie est une cité anciennement édifiée par les Romains sur la pente d'un côteau, distant de la mer environ vingt-cind milles, et octante de Thunes, du côté de Ponant, sur le grand chemin qui va de Constantine à Thunes. Elle fut fabriquée par les Romains sur les Romains sur les fondements d'une autre qui y était auparavant, et pour cela s'appelait Vecchia qui signifie vieille; et par la corruption du temps, le v fut transformé en b, et les deux cc en deux gg, tant que maintenant elle retient le nom de Beggia. Mais je crois qu'il a été corrompu par les grandes et fréquentes mutations des seigneuries et lois, vu n'est arabesque.
Les murs de cette cité sont toujours demeurés en leur entier, et sont les habitants assez civils, maintenant bonne police, donnant ordre partout, et tenant garnie leur cité de toutes sortes d'artisans, même de tissiers et d'une infinité de gens s'adonnant à l'agriculture parce que la campagne est fort spacieuse et fertile, tant qu'ils ne sont en assez grand nombre pour cultiver si ample territoire, au moyen de quoi ils laissaient la plus grande partie aux Arabes pour labourer; et avec tout cela il en demeure encore en désert. Néanmoins ils ne laissent de vendre tous les ans plus de vingt mille setiers de grains, tellement qu'il est venu en commun de dire dedans Thunes:
Si deux Beggies étaient
Assises en deux plaines,
Les grains surmonteraient
Le nombre des arènes.
Mais le roi de Thunes oppresse tant fort les habitants et leur impose si grands tributs que, peu à peu ils vont en décadence qui leur fait perdre une bonne partie de leur civilité accoutumée.