RECHERCHE DOCUMENTAIRE SUR BEJA:

SOMMAIRE

mini.gif (200 octets) SALLUSTE
mini.gif (200 octets) PLINE
mini.gif (200 octets) PLUTARQUE
mini.gif (200 octets) Silius Italicus
mini.gif (200 octets) Procope
mini.gif (200 octets)
Al-Bakri
mini.gif (200 octets) Al-Idrissi
mini.gif (200 octets) Mohamed El Abdery
mini.gif (200 octets) Léon L'AFRICAIN
mini.gif (200 octets)
MARMOL
mini.gif (200 octets) Pierre d'AVITY
mini.gif (200 octets) Laurent d'ARVIEUX
mini.gif (200 octets) Thomas SHAW
mini.gif (200 octets) Jean-André PEYSSONNEL
mini.gif (200 octets) Victor GUERIN
mini.gif (200 octets) Albert de LA BERGE
mini.gif (200 octets) René CAGNAT
mini.gif (200 octets) René CAGNAT (H. El Faouar)
mini.gif (200 octets) Emile VIOLARD
mini.gif (200 octets) Le capitaine Vincent
mini.gif (200 octets) Elisée Reclus
mini.gif (200 octets) Morcelli
mini.gif (200 octets) Abbé Bonjean
Abbé NEU

Abbé NEU
Titre : Notice historique sur la ville de Béja

La ville de Béja est située presqu'au centre massif montagneux d'origine calcaire, qui s'étend entre le cours moyen de la Medjerda et la Méditerranée. Ce massif dans sa partie Nord et Ouest est couvert de magnifiques forêts de chênes-liège et de chêne-zeen. La partie Sud et Est au contraire forme une suite de collines et de vallons, entremêlés de petites plaines d'une grande fertilité.
La partie montagneuse est riche en minerai de toute sorte mais surtout de zinc, plomb et fer. Les Romains connaissaient la plupart de ces gisements miniers, mais ignoraient l'usage du zinc, ils exploitaient seulement le plomb. On rencontre un peu partout les traces de leurs travaux: galeries longues et sinueuses, rétrécies par les stalagmites et les stalactites; puits étroits et profonds, comblés par le temps: à peine une légère dépression du sol en forme de cuvette laisse soupçonner leur emplacement.
Que de fois dans mes excursions à travers les belles et ombreuses forêts des Nefzas, qui rappellent si bien la France, je me suis arrêté devant ce que les mineurs ont coutume d'appeler: « Travaux romains ». Alors mon imagination me reportait aux temps passés, au temps des persécutions où tant de chrétiens, de prêtres et d'évêques étaient condamnés aux mines, et je me disais avec émotion: « Ce sol a été sanctifié par les travaux de ces condamnés innocents, arrosé de leurs sueurs, leurs larmes et souvent par leur sang; ici des martyrs ont travaillé et souffert pour leur foi et pour le Christ ».
Interrompu pendant des siècles le travail a repris en ces lieux. Là-haut dans la montagne, le minerai arraché aux entrailles de la terre s'amoncelle sur les chantiers; et dans la plaine, les silos et les greniers se remplissent de riches moissons qui sont à la fois l'orgueil et la récompense du laboureur.
C'est dans cette belle et fertile région au bas des montagnes de la Khroumirie que s'étale la ville de Béja, sur les flancs d'une colline qui porte le nom prétentieux de Aïn-es-chems, oeil de source du Soleil, dominée par le Djebel Acheub. Les Arabes, depuis les premières invasions, l'appellent Badja, nom évidemment dérivé de la Vaga des Romains. Ce mot malgré sa signification de vagabond en latin, ou de vagues que produit le blé sous la brise, et qui rappellent les vagues de la mer, ne me paraît cependant être qu'une corruption du nom lybien ou phénicien que Béja portait dès son origine.

L'origine de Béja se perd dans la nuit des temps. Les lettrés Arabes affirment même que Béja est si vieille que personne ne connaît son origine. Ce qui est certain, c'est qu'elle existait plusieurs siècles avant Notre-Seigneur.

L'histoire nous apprend en effet que les Phéniciens, à leur arrivée sur la côte africaine, y trouvèrent partout des villes florissantes et y établirent des comptoirs. Il est permis de croire que la région de Béja, par la beauté de ses sites, la fertilité de son territoire, ses grandes forêts, avait dû attirer de bonne heure quelque tribu lybienne qui s'y est fixée et a prospéré. Les Phéniciens, pour la même raison, n'ont pas tardé à y établir un comptoir pour le commerce.


L'existence de la ville phénicienne sur l'emplacement de Béja a été démontré par la découverte d'une nécropole punique aux environs de la ville, où on mis au jour et exploré cent vingt tombes.
La tribu lybienne indigène qui s'est originairement établie sur l'emplacement de la ville de Béja, est celle des Ouarigha ou Avrigha, les Afarick des généalogistes arabes, qui peuplèrent une grande partie de la région qui devint dans la suite le territoire de Carthage.
Refoulés plus tard dans le Sahara, où ils forment encore, sous le nom de Ouaraghen, une des fractions de la grande tribu des Azgars, les Avrigha laissèrent leur nom au territoire qu'ils avaient habité. Car le mot Africa, en dehors de son sens général, n'a jamais perdu le sens restreint que les Romains lui avaient donné tout d'abord: Africa propria dicta, et a toujours été appliqué au territoire de Carthage. Quant aux Arabes, ils ont donné le même nom, le nom d'Ifrikia, à la région de Béja.

Béja sous les dominations Carthaginoises et Romaine:

Nous venons de voir que, peu après leur descente sur la côte africaine, les Phéniciens établirent des comptoirs dans les principales villes du littoral et dans quelques-unes de l'intérieur. Ce peuple, essentiellement commerçant, devait nécessairement chercher dans son hinterland les vivres dont il avait besoin pour sa nombreuse population et son armée de mercenaires. Aussi le comptoir carthaginois de Béja devint-il bientôt florissant.
Dans la suite, Carthage comprit la nécessité de maintenir la région sous autorité, et pour assurer son ravitaillement, elle mit une garnison à Béja et fortifia la ville.

264-242 avant J. C.
Ces fortifications devaient être assez solidement établies, car elles permirent à la ville d'arrêter Régulus qui s'était avancé victorieusement jusque sous ses murs, au commencement de la première guerre punique. Cet échec força Régulus à rétrograder et contribua sans doute à la défaite du général Romain sur les bords de la Medjerda.
Carthage ne tira pas seulement de Béja et de ses environs les vivres nécessaires à la capitale qui se développait sans cesse, amis elle y recruta aussi des soldats pour son armée; car l'an 218 avant J. C., les habitants de Béja envoient un fort contingent de troupes au secours d'Annibal qui guerroyait alors en Espagne et se préparait à envahir l'Italie.

201 avant J. C.
Pendant la deuxième guerre punique, Béja, fidèle à Carthage, repousse en 201 avant J. C., une attaque de Massinissa qui s'avançait vers Carthage pour se joindre avec ses troupes à Scipion (Major ou l'Ancien).
Ce dernier, pour récompenser son allié des services qu'il avait rendus à l'armée romaine, lui donna les Etats de Siphax, son rival. Massinissa réunit ainsi sous son autorité le territoire des Massiliens (Ouest de Constantine), ainsi qu'une partie du territoire de Carthage.
Béja est compris ainsi dans le royaume de Massinissa, mais resta aux mains des Carthaginois qui y entretenaient une forte garnison.

112 avant J. C.
Aussi le roi Numide est obligé de l'assiéger et de l'enlever de vive force aux Carthaginois dans l'intervalle qui s'écoula entre la deuxième et la troisième guerre punique, vers l'an 172, d'après Tissot.

L'an 146 avant J. C.
Scipion Emilien (le second Africain ou Minor) s'empare de Carthage, la livre aux flammes et la détruit de fond en comble. Le territoire de Carthage est déclaré Province Romaine. Toutefois, Scipion laissa à Massinissa son royaume  et l'agrandit même. Béja continue ainsi à faire partie du royaume numide qui, sous Massinissa et son successeur Micipsa, garde un semblant d'indépendance sous la jalouse surveillance des Consuls romains qui, commandaient Carthage.
Pendant la période de paix qui suivit la troisième guerre punique et l'anéantissement de la puissance carthaginoise, Rome commença l'assimilation du pays par la pénétration pacifique. Pour cela, elle envoya en Afrique de nombreuses colonies qui peu à peu implantent sur le sol africain l'usage de la langue latine et la civilisation romaine.
De nombreux commerçants et colons profitent de ce temps de paix pour s'installer à Béja et augmentent le nombre des romains qui habitaient cette ville.
Salluste en effet remarque qu'au commencement des hostilités contre Jugurtha, Béja était l'antique résidence de nombreux commerçants romains.
Cette affluence d'étrangers, cet envahissement pacifique qui suivit la destruction de Carthage déplut aux populations indigènes, qui étaient loin d'être soumises. Les Berbères, race fière et indépendante, résistèrent longtemps et courageusement aux Romains, et il fallut toute l'énergie et tout le génie militaire de Metellus et de Marius, joint à la trahison, pour venir à bout de leur résistance.

L'an 118 avant J. C.
Micipsa, fils et successeur de Massinissa, avait désigné pour lui succéder, ses deux fils Hiempsal et Adhebal, qui devaient régner conjointement avec Jugurtha leur cousin, et petit-fils, comme eux, de Massinissa par Mastanabal, frère de Micipsa. Jugurtha, homme d'une grande énergie et d'une rare astuce, avait appris le métier des armes en Espagne, où il avait servi brillamment sous Scipion le second africain, contre les Carthaginois, au siège de Numance.
De retour en Numidie, il vit avec déplaisir, comme ses compatriotes, que l'influence romaine avait fait de grands progrès dans son pays. Il conçut dès lors la pensée de relever l'indépendance de sa patrie, en la délivrant du joug des étrangers.
Pour agir avec une complète liberté, il résolut de se défaire de ses cousins acquis à la politique romaine. Il fit d'abord assassiner Hiempsal, mais Adherbal effrayé réussit à s'enfuir. Il se rendit à Rome et implora la protection du Sénat romain qui le renvoya en Numidie, en partageant le royaume entre les deux cousins. Adherbal reçut ou choisit la partie Ouest et s'établit à Cirta. A Jugurtha échut la parie Est, voisine du territoire romain. Il établit le siège de son gouvernement à Béja.

L'an 112 avant J. C.
Voulant régner seul, il réunit une armée à Béja et envahit le territoire d'Adherbal. Celui-ci s'enferma dans Cirta, mais Jugurtha emporta la place d'assaut, s'empara de son rival et le fit massacrer avec ses principaux partisans.
Rome profita de cette occupation pour faire un nouveau pas dans la colonisation de l'Afrique et sous prétexte de venger la mort de son allié, elle déclara la guerre à Jugurtha.

Bellum Jugurthinium
L'an 111 avant J. C.
Jugurtha n'étant pas en mesure de soutenir le choc de l'armée romaine, employa la ruse, et semblant de vouloir se réconcilier avec Rome et, par ce moyen, obtint d'entrer en relation avec L. Calpurnius Pison Bestia, consul et commandant de l'armée romaine chargée de le détrôner.
Corrompu par l'or du rusé Numide et trompé par ses feintes promesses, le Consul romain lui accorda la paix aux conditions les plus honorables, et lui envoya même, à Béja, le questeur Sextius comme otage.
Le Sénat romain refusa de ratifier ce traité de paix et envoya à Jugurtha, qui se fortifiait à Béja, le prêteur Cassius porteur d'un sauf-conduit, pour lui permettre de se rendre à Rome et témoigner devant le Sénat contre la lâcheté de L. Calpurnius, qui s'était laissé corrompre à prix d'or.

L'an 110 avant J. C.
Avant de se mettre en route et pour se concilier sans doute les bonnes grâces du Sénat, Jugurtha remit en liberté le questeur Sextius, qu'il retenait comme otage à Béja et le renvoya en lui donnant comme présents: trente éléphants, de nombreux chevaux et un lingot d'argent.
Arrivé à Rome, craignant qu'on ne lui oppose le jeune Massiva, il le fit assassiner en pleine ville, et eut le courage de se présenter devant le Sénat.
Chassé de la ville, il partit en lui lançant cette méprisante apostrophe: « Ville vénale, il ne te manque qu'un acheteur ».

L'an 109avant J. C.
Rome lui déclara aussitôt la guerre et cette fois Jugurtha s'y prépara sérieusement, car il savait que le Sénat ne lui pardonnerait pas et que le nouveau général ne se laisserait pas tenter par ses présents.
N'espérant pas défendre Béja, sa capitale, contre la formidable armée qu'on allait envoyer contre lui, il employa une autre tactique. Il abandonna Béja et s'enfonça dans l'intérieur dans l'espérance d'attirer l'armée romaine à sa suite, de la harceler, de lui couper les vivres, de l'affamer et de le décimer.
Mais le Consul Quintus Coecilius Metelleus, qui commandait l'armée romaine, ne se laissa pas prendre à ce piège grossier; il se contenta de s'emparer de Béja, de la fortifier, d'y réunir des vivres en grande quantité, pour permettre à la garnison romaine qu'il y laissa de soutenir un long siège et ensuite alla prendre ses quartiers d'hiver à Bizerte.
L'historien Salluste nous raconte ce premier épisode de la guerre contre Jugurtha avec un grand luxe de détails. Mais je ne veux rapporter ici que ce qui a trait à Béja:

« A peu de distance, dit-il, de la route que suivait Metellus, se trouvait une ville de Numides nommée Vacca, l'entrepôt le plus considérable du royaume, et l'antique résidence d'une foule d'Italiens qui s'adonnaient au commerce. Le consul dans le double espoir d'attirer Jugurtha et de profiter des avantages qu'offrait cette position, jeta une garnison dans Vacca. Il donna en même temps ordre d'y réunir des vivres, d'y établir des magasins, jugeant avec raison que l'affluence des commerçants en relations continuelles d'échanges procurerait de précieuses ressources et que, d'autre part, la possession de cette place, assurerait le maintien de ses premières conquêtes ».

L'an 108 avant J. C.
Après avoir pris toutes ces précautions, Metellus, sans plus s'occuper de Jugurtha, alla prendre ses quartiers d'hiver à Bizerte. Les habitants de Béja avaient accepté assez facilement la domination romaine et vivaient en bons termes avec les soldats, dont la présence apportait dans leur ville, avec l'augmentation du commerce, l'aisance et le bien-être. Jugurtha n'ayant pu attirer Metellus à sa suite dans l'intérieur, revint sur ses pas, se rapprocha de son ancienne capitale, et voulut profiter de l'absence du Consul pour tenter un coup de main sur Béja. Il comprit bien vite qu'il ne pourrait jamais la reprendre de vive force. Aussi il recourut à la ruse et à la corruption, ses moyens habituels. A force de prières, de promesses et de menaces, il parvint à décider les principaux chefs de la ville à chercher un moyen facile de massacrer la garnison romaine.
Laissons encore la parole à Salluste:
« Les notables tinrent conseil à l'exclusion du peuple qui, comme ailleurs, avec le caractère extrêmement léger du Numide, était tout disposé au désordre et à la révolte, et qui, ennemi du calme et de la tranquillité, rêvait un changement. Après avoir concerté leur plan, les conjurés en fixèrent l'exécution à trois jours de là, époque à laquelle une fête solennelle célébrée dans toute la Numidie, écartait toute idée de méfiance sous prétexte de divertissements et de jeux. Au jour dit, les Centurions, les Tribuns et le Commandant de la place lui-même, L. Turpilius Silanus, sont invités à s'asseoir à la table de chacun des conjurés. Au milieu du festin, sur un signal donné, tous sont massacrés, excepté le Commandant Turpilius. Ensuite, les meurtriers se jettent sur les soldats, qui, profitant de la fête et de l'absence des chefs, étaient dispersés sans armes dans la ville. Le peuple, excité par les chefs, s'associe au carnage, mais la plupart n'avaient pas besoin d'excitation; ils obéissaient à leurs instincts, et ignorant qu'il y avait complot, n'agissaient que par amour du désordre et du changement.
Dans cette alarme soudaine, les soldats romains déconcertés et ne sachant quel parti prendre, se précipitent vers la citadelle où étaient déposés leurs armes et leurs boucliers. Mais déjà un détachement Numide s'était emparé des portes du fort, et le dernier espoir est ainsi enlevé à ces malheureux. alors les femmes et les enfants se mettent de la partie, et du haut des terrasses font pleuvoir sur leurs têtes une grêle de pierres et de tous les objets à leur portée. Nul moyen de se soustraire à cette double surprise, la main la plus débile terrasse aisément les plus vaillants guerriers. Braves et lâches, forts et faibles, périssent tous indistinctement, sans que leur mort puisse être vengée. Pendant que se passaient ces scènes barbares, les Numides, pour mieux assouvir leur soif de sang , avaient fermé les portes de la ville. Seul de tous les Italiens, le Commandant L. Turpilius s'échappa sans aucune blessure. Etait-ce hasard ou chance ? Connivence ou humanité de son hôte ? Toujours est-il que celui qui préfère une vie déshonorée à un glorieux trépas est un lâche et un misérable ».
Salluste affirme plus haut que de nombreux Italiens commerçaient à Béja, quand Metellus s'en empara. Malgré la distance qui nous sépare de ces événements, on voudrait savoir si ces Italiens, parmi lesquels les Siciliens devaient être comme aujourd'hui la grande majorité, ont partagé le malheureux sort de la garnison. Salluste semble l'affirmer en disant que, seul de tous les Italiens, le Commandant L. Turpilius échappa au massacre. Dans ce cas, on peut dire que Béja, ce jour-là, a célébré les premières Vêpres Siciliennes.
Metellus tira une atroce vengeance de ce massacre par un massacre plus grand encore. Dès qu'il connut les événements de Béja, il s'enferma quelques instants chez lui pour donner un libre cours à ses larmes et pour méditer sa vengeance. Puis, saisi d'indignation, il donna rapidement des ordres pour punir les meurtriers. A la légion qui campait à Tisiduum, près de Mateur, il adjoignit tous les cavaliers Numides, les spahis d'alors, qu'il avait sous la main et, sans bagages, se mit en route un peu avant le coucher du soleil. Le lendemain à la troisième heure, c'est-à-dire vers neuf heures du matin, il déboucha dans une plaine entourée de collines qui lui cachait Béja. Ses légionnaires, exténués par une si longue marche, refusent d'aller plus loin. Metellus les harangue, les harangue, leur représente qu'ils ne sont qu'à un mille de Vacca, et qu'il est de leur honneur d'endurer avec courage la fatigue de cette dernière étape et promet enfin de livrer la ville et ses habitants à leur discrétion. Les soldats excités par l'appât du butin se remettent en route: la cavalerie Numide déployée en première ligne, ayant derrière elle l'infanterie en colonne serrée et enseignes cachées. A la vue des troupes qui s'avancent, les habitants de Béja se hâtent de fermer les portes de la ville et montent sur les remparts pour mieux se rendre compte à qui ils avaient à faire. Mais voyant que leurs champs étaient respectés, que les soldats ne se livraient à aucun pillage et surtout en voyant en tête la cavalerie Numide, ils crurent que Jugurtha venait à leur secours. Les imprudents sortent alors en foule à sa rencontre en poussant des cris de joie. Tout à coup, Metellus donne le signal, et aussitôt cavaliers et fantassins s'élancent, enveloppent la foule répandue hors les murs, la taillent en pièces pendant qu'une autre partie de la troupe s'emparait des portes de la ville et des tours. Elle n'eut ainsi que trois jours pour se réjouir de sa perfidie.
Turpilius, sommé de rendre compte de sa conduite, fournit des explications insuffisantes, fut condamné au supplice des verges et à la peine capitale, car il n'était que citoyen latin.
Après avoir rétabli l'ordre à Béja, Metellus y laissa une nouvelle garnison, et alla s'établir à cinq milles à l'ouest de la ville dans un camp qu'il fortifia, et attendit que Jugurtha, qui était campé à peu de distance de là, y vienne lui offrir la bataille. Les deux armées s'observèrent pendant quelque temps. Enfin, Jugurtha sortit de ses retranchements et Metellus en profita pour livrer bataille, et pour le mettre en déroute. Après cette victoire, Metellus fut rappelé à Rome et reçut le surnom de Numidique.

107-104 avant J. C.
Marius, lieutenant de Metellus, est nommé consul; il continua les hostilités avec vigueur et Jugurtha jusque dans le Sud. Le malheureux roi Numide, avec le courage du d'espoir, lutta pendant trois années entières. Mais enfin trahi par Bocchus, son beau-père et allié, qui le livra enchaîné à Sylla, lieutenant de Marius. Celui-ci, quelques années plus tard, l'envoya à Rome pour son entrée triomphale dans la ville, puis le jeta en prison où il le laissa mourir de faim.

L'an 46 avant J. C.
Après la défaite de Jugurtha, Rome commença les annexions territoriales. Carthage et la plus grande partie des états de Jugurtha devinrent province romaine; Béja, en raison de sa position et de son importance stratégique, reçut une garnison permanente et fit partie de la province. Bocchus, roi de Mauritanie, en récompense de sa trahison reçut une partie des états de Jugurtha. Mais ce royaume n'eut qu'une durée éphémère, car l'an 46 la Numidie occidentale devint également province de l'empire et l'administration en fut confiée à Salluste.

L'an 17 avant J. C.
La Tunisie et la Tripolitaine sont réunis en une seule province qui prit le nom de: Province consulaire d'Afrique.
Vers cette époque, les Romains démantelèrent la vieille citadelle Carthaginoise de Béja, et construisirent celle dont on voit encore aujourd'hui les restes imposants, restaurés par les Byzantins. Ils élevèrent aussi les fortifications actuelles, qui sont en grande partie debout, après avoir été  de même restaurés par les Byzantins. Outre ces deux constructions, les Romains élevèrent d'autres monuments, embellirent la ville qui redevint pendant quatre siècles encore, et jusqu'à l'invasion vandale, la florissante cité d'autrefois.

L'an 105 après J. C.
Vers l'an 105 après J. C., sous le règne de l'empereur Trajan, les Romains commencèrent la construction d'un pont sur la rivière de Béja, au point où elle traverse la route de Tunis à Tabarca et à Cirta. La construction de ce pont dura 25 ans, il ne fut terminé que sous le règne d'Adrien.

L'an 129 après J. C.
C. Vibius Marsus, l'an 129, sous le règne de l'empereur Adrien, préside à l'inauguration solennelle du pont qui venait d'être construit sur la rivière de Béja. Nous ne savons à quel titre ce C. Vibius Marsus est chargé de l'inauguration de ce pont. Etait-il gouverneur de Béja ou commndant de la garnison, ou occuapit-il à Carthage un poste plus élevé ? Peu importe, mais une chose paraît certaine, c'est que Vibius est un ancêtre, l'aïeul peut-être de Sainte Perpétue qui s'appelait Vibia Perpetua.
Le pont inauguré par C. Vibius Marsus s'appelle aujourd'hui Pont de Trajan, à quelques mètres de la gare qui porte le même nom.

An 193-211 après J. C.
Béja, continuant toujours à prospérer, est élevée par l'empereur Septime-Sévère au rang de Colonie romaine et prend le nom de Colonia Septimia Vaga.
Une pierre qui se trouve encastrée dans le mur Ouest de la grande mosquée de Béja porte l'inscription suivante, gravée sous le règne de l'empereur Aurélien:

L . POMPONIO . DEXTRO . CELE
RINO . C . V . COS . AVRELIANO
ANTONINIANO . ORDO
SPLENDIDISSIMVS
COL . SEP . VAG . PATRO
NO . PERPETVO . CVR.
C.SERGIO.PRIMIANO.EQR.FL.PP

(Corp. Inscript. Lat. VIII)

L (ucio) POMPONIO DEXTRO CELERINO
C (larissimo) V (iro) C (on) S (uli) (sodali) AURELIANO
ANTININIANO ORDO
SPLENDISSIMUS
COL ( oniae) SEP (timiae) VAG (a) PATRONO
PERPETUO CUR (ante)
SERGIO PRIMIANO EQ (uite) R (omano) FL (amine) P (er) P (etuo)

Les mots Ordo Spledidissimus se retrouvent dans une autre pierre qui porte une double inscription:

M IVL M FIL TRIB FAB MAXIMO
DECVRIONI ADLECTO AED (ili ae)
SAC ANNI XIIII PRAEF IVR DIC
IIVIR IIVIR Q Q F L PP CVI CVM
ORDO SDPLENDIDISSIMVS OB
MERITA FJVS STATVAM P P
FIERI DECREVISSET
C AGRIVS IVLIVS MAXIMVS
FELIXI AVONCVLO SVO MAGNO
PRO PIETATE SVA DATO SIBI
AB ORDINELOCO S P FECIT
D D

(Corp. Inscript. Lat. VIII n° 1224)

Cette dernière inscription a été détruite depuis quelques années

IIVIR = Duumvir
IIVIR QQ = Duumvir quinquennal

INVASION VANDALE ET PERIODE BYZANTINE:

429 après J. C.
Les Vandales, sous la conduite de Gensérie, passèrent d'Espagne en Afrique avec une flotte puissante et une armée nombreuse. Ils parcoururent comme un torrent dévastateur toute la côte septentrionale de l'Afrique. Ils prirent et saccagèrent toutes les villes qui se trouvaient sur leur route et ne s'arrêtèrent qu'à Carthage qui devint leur capitale. Béja subit le sort commun, elle fut prise et dévastée. La ville abandonnée resta déserte durant tout un siècle.

442 après J. C.
L'empereur Valentinien III traite avec Genserie qui obtient pour ses troupes le territoire compris entre la mer et la Petite Syrte d'une part, et une ligne formée par les villes de Théveste, Sicca, Veneria et Vacca. Cette dernière ville fit partie du royaume Vandale dès les premières années qui suivirent l'invasion.
Valentinien garde momentanément les trois Mauritanies et la partie de la Numidie située à l'ouest des ces trois villes.

448 après J. C.
Genserie, non content d'avoir abandonné Béja après l'avoir dévastée, fit raser ses fortifications et démanteler son fort.

533 après J. C.
Enfin l'Empereur Justinien résolut de reconquérir l'Afrique. Il confia une armée à Bélisaire, le meilleur de ses généraux, qui reprit Carthage, défit et captura Gélimer, le dernier roi Vandale, et mit ainsi fin à leur domination qui avait duré tout un siècle, de 430 à 533.
Justinien s'appliqua à réparer les ruines amoncelées par les Vandales dans toute l'Afrique. Il chargea le comte Paulus de diriger les travaux de restauration de la ville et des fortifications de Béja.
Une inscription trouvée dans les remparts près du Contrôle Civil rappelle ce détail:

Advena sempER GAVDE QVI TALEM MVRORVMS aepem
Prospexisti et lauda Justinianum glorIOSISSIMUM PRINCIPEM
qui ab omni parte oppidum CIRVMDABIT EX OPERE ET INVIOLA
bilem
Reddit, item in ejus muNIMEN INMINENTEM PAVLVM comitem
Fecit ratione ARIVM DOMYS DIBINE

(Corp. Inscript. Lat. VIII n° 14399)

Les fortifications restaurés sous l'empereur Justinien existent encore aujourd'hui. Elles forment une double enceinte: la première comprend la citadelle, la seconde, qui entoure une partie de la ville, a la forme d'un hexagone irrégulier, flanquée de 22 tours massives. Ces fortifications ont été exécutées avec beaucoup de soin et de solidité. Béja en effet, assise sur le flanc d'une colline à l'extrémité d'une vaste plaine, d'où elle domine tous les passages, avait à protéger à la fois le pays fertile qui l'environne, à surveiller les deux routes de Thunis à Cirta et à Hippone, et à tenir en respect les turbulentes tribus des montagnes qui s'étendent entre elles et la mer. Pour mieux protéger la ville, Justinien fit élever quelques ouvrages avancés. Sur l'antique route de Béja à Mateur à l'enchir Nagachia, on voit encore un castrum qui date du temps de Justinien, et sur la route de Tabarca, à l'enchir Zaga, une redoute assez bien conservée et soigneusement construite.
L'historien Procope nous apprend que pour témoigner leur reconnaissance à l'empereur, le restaurateur de la ville, les habitants de Béja donnèrent à leur cité le nom de Teodorida, en l'honneur de Théodora, épouse de l'empereur Justinien: « Bagam in Proconsulari urbem, vix antea notam, vere urbem fecit et quam ipsius cives, ne ingrati viderentur in honorem Theodoroe. Justiniani uxoris, Theodoridam appellarunt »

Ce texte de Procope nous fait connaître que Béja avait été si complètement ruinée par les Vandales qu'elle n'existait pour ainsi dire plus et que son nom même était presque inconnu «vix antea notam». Nous apprenons aussi par le même texte de Procope que Justinien ne se contenta pas de relever les fortifications de Béja, mais encore qu'il rebâtit la ville elle-même, l'agrandit et l'embellit, la repeupla et la rendit prospère, en fit enfin une véritable ville: «vere urbem fecit».
Il est donc fort compréhensible que les habitants de Béja tinrent à honneur de témoigner leur reconnaissance à Justinien, restaurateur de leur cité.
En outre des travaux de défense mentionnés ci-dessus, on a découvert sur l'Oued Béja les restes d'un camp retranché romain au confluent de cette rivière avec le Chabet-el-Louza.