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PLUTARQUE (vers 50
après J.-C. - vers 125 après J.-C.)
Titre: Les vies des hommes
illustres, traduction Ricard, Furne et Cie Librairies-éditeurs, Paris,
1840.
La vie de Marius
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8. Une préférence si marquée déplaisait fort à Métellus ; mais rien ne lui causa plus de chagrin que l'aventure de Turpilius. C'était un ami de Métellus, et les deux familles étaient depuis longtemps liées par les nouds de l'hospitalité. Turpilius avait alors à l'armée la charge d'intendant des ouvriers. Préposé par Métellus à la garde d'une ville considérable, nommée Vacca, il crut qu'en ne faisant aucune injustice aux habitants, en les traitant même avec beaucoup de douceur et d'humanité, il s'assurerait de leur fidélité ; mais leur perfidie le livra, sans qu'il s'en doutât, entre les mains des ennemis. Ils reçurent Jugurtha dans leur ville ; mais ils ne firent point de mal à Turpilius, et obtinrent pour lui, de ce prince, la vie et la liberté. Cité en justice comme coupable de trahison, il eut pour un de ses juges Marius, qui, très indisposé contre lui, aigrit tellement la plupart des autres, que Métellus se vit forcé malgré lui, par la pluralité des suffrages, de le condamner à mort. Peu de temps après, l'accusation ayant été reconnue fausse, et tous les autres juges partageant la vive douleur de Métellus, Marius, au contraire, en témoigna publiquement sa joie ; il se vanta que cette condamnation était son ouvrage, et il n'eut pas honte de dire partout qu'il avait attaché à l'âme de Métellus une furie vengeresse, qui le punissait d'avoir fait mourir son hôte. Il éclata dès lors entre eux une haine implacable ; et Métellus lui dit un jour en le raillant : « Vous voulez donc nous quitter, homme de bien ; vous pensez à vous embarquer pour Rome, et à y briguer le consulat ; car vous n'auriez garde d'attendre à être consul avec mon fils. » Ce fils de Métellus était encore dans sa première jeunesse.