RECHERCHE DOCUMENTAIRE SUR BEJA:

SOMMAIRE

mini.gif (200 octets) SALLUSTE
mini.gif (200 octets) PLINE
mini.gif (200 octets) PLUTARQUE
mini.gif (200 octets) Silius Italicus
mini.gif (200 octets) Procope
mini.gif (200 octets)
Al-Bakri
mini.gif (200 octets) Al-Idrissi
mini.gif (200 octets) Mohamed El Abdery
mini.gif (200 octets) Léon L'AFRICAIN
mini.gif (200 octets)
MARMOL
mini.gif (200 octets) Pierre d'AVITY
mini.gif (200 octets) Laurent d'ARVIEUX
mini.gif (200 octets) Thomas SHAW
mini.gif (200 octets) Jean-André PEYSSONNEL
Victor GUERIN
mini.gif (200 octets) Albert de LA BERGE
mini.gif (200 octets) René CAGNAT
mini.gif (200 octets) René CAGNAT (H. El Faouar)
mini.gif (200 octets) Emile VIOLARD
mini.gif (200 octets) Le capitaine Vincent
mini.gif (200 octets) Elisée Reclus
mini.gif (200 octets) Morcelli
mini.gif (200 octets) Abbé Bonjean
mini.gif (200 octets) Abbé NEU

Victor GUERIN (1821-1891)
Titre :
 Voyage archéologique dans la Régence de Tunis en 1860
Publication :  Paris. H. Plon, 1862

CHAPITRE SEPTIEME

Description de Béja, l'ancienne Vacca ou Vaga

Béja est située sur le penchant d'une haute colline. Une muraille d'enceinte l'environne de toutes parts; celle-ci est flanquée de distance en distance de tours carrées. Une kasbah occupe le point culminant du pentagone irrégulier qu'elle forme. Toute cette enceinte, sauf quelques parties, date évidemment d'une époque antérieure à l'invasion arabe. Sans être antique à proprement parler, elle est bâtie avec des matériaux qui le sont, et offre tous les caractères d'une reconstruction byzantine accomplie à la hâte avec des éléments divers et des blocs de toutes sortes enlevés à des monuments plus anciens.
La kasbah, actuellement en fort mauvais état, a l'avantage de renfermer une fontaine appelée Ain Boutaha dont l'eau est bien meilleure que celle de la fontaine qui est dans la ville et que les habitants désignent sous le nom d'Ain Béja. On descend à celle-ci par un escalier de plusieurs marches qui conduit à une grande cour dont les murs latéraux sont construits en pierre de taille. A l'extrémité de cette cour, l'eau sort s'un canal antique aujourd'hui très mal entretenu.
La mosquée principale, consacrée à Sidi-Aissa, passe pour la plus ancienne de la Tunisie. Au dire du kadi, di mufti et du khalife, que je questionnai à ce sujet, elle aurait été primitivement une église chrétienne. Suivant eux, ce sanctuaire aurait même été honoré de la présence de Sidna-Aissa (Notre Seigneur Jésus), que les musulmans vénèrent, sinon comme le Fils de Dieu, du moins comme le plus saint et le plus auguste de ses envoyés.
Mon titre de chrétien m'interdisait absolument toute entrée dans cette mosquée; mais je me convainquis bientôt que la tradition singulière des habitants par rapport à ce monument renfermait quelque vérité, et que c'était bien effectivement une ancienne basilique chrétienne, qui plus tard avait été remaniée pour devenir un sanctuaire musulman. Car, ayant remarqué sur l'un des murs extérieurs de cette mosquée une grande pierre revêtue de caractères dont plusieurs perçaient à travers l'épaisse couche de chaux qui les recouvrait, j'obtins des autorités de la ville la permission de la gratter. Le khalife poussa même l'obligeance jusqu'à rester près de moi pendant cette opération, afin de me protéger par sa présence contre les fanatiques qui pourraient m'insulter. Quand j'eus, avec l'aide de Malaspina, achevé de gratter cette pierre, j'y distinguai les lettres suivantes:

215

NN-VALENT-ET-GA
DECIMIVS HILARIANVS HIL ..... VS-VC-PROC
ETIONVM BASILICAM CVIVS S
DESIDERABAT-ORN ..... A-FVNDA
..... GAQ-RVFINO ..... ISSIMO-LEGATO-SVO

Ce fragment épigraphique, bien que mutilé et incomplet, est cependant précieux, car il nous apprend par qui et sous quel règne cette basilique fut construite ou seulement réparée et embellie.
Sur un au autre point des murs extérieurs de cette même mosquée, je découvris un second bloc, revêtu également d'une inscription que dérobait en grande partie aux regards la chaux dont on avait recouvert ce piédestal; c'en était un, en effet, encastré dans la maçonnerie. Aussitôt que cette couche de chaux eut été enlevée, je lus ce qui suit:

216

L . POMPONIO . DEXTRO . CELE
RINO . C . V . COS . AVRELIANO
ANTONINIANO . ORDO
SPLENDIDISSIMVS
COL . SEP . VAG . PATRO
NO . PERPETVO . CVR.
C.SERGIO.PRIMIANO.EQR.FL.PP

A la cinquième ligne, comme on le voit, le nom antique de la ville de Béja se trouve marqué; ce nom, à l'époque où fut gravée cette inscription, était colonia Septimia Vaga.
La nuit m'interrompit dans mes recherches.

5 juin

Je continue l'examen de la ville et je la parcours, rue par rue, ainsi que le faubourg appelé Rebat-Ain-ech-Chems (faubourg de la source du Soleil), à cause d'une fontaine connue sous cette désignation. En somme, Béja est tombée dans la plus complète décadence; la moitié au moins de ses maisons sont détruites ou dans un délabrement le plus déplorable. Chemin faisant, je recueille ça et là les inscriptions qu'on va lire

217

Sur le bloc encastré dans le mur d'une maison:

MANICI . SARMA
TRIB . POTEST .XVI
ANI PARTH DIVI.NE
SEPTIMIA.VAG.ANO

Les caractères ont dix centimètres de hauteur. A la dernière ligne de ce fragment épigraphique, publié du reste depuis longtemps, les mots SEPTIMIA-VAG contiennent également le nom antique de la ville.

218

Sur un piédestal engagé dans un mur moderne presque entièrement bâti avec des blocs antiques:

M IVLIOM TRIB FA
DECVRIONI ADLECTO AED
SAC ANNI XIIII PRAEF IV DI
IIVIR IIVIR Q Q F L PP CVI CVM
ORDO DPLENDIDISSIMVS OB
MERITA EIVS STATVAM PP
FIERI DECREVISSET
Q AGRIVS IVLIVS MAXIMVS
FELIX AVONCVLO SVO MAGNO
PRO PIERTATE SVA DATO SIBI
AB ORDINE LOCO S P FECIT
D D

219

Sur un bloc formant le linteau d'une des portes de la ville, appelée Bab-Boutaha:

NOBILISSIMI . C
C . IVL . AVREL . ANT . KARTHAGINIS

220

Sur un bloc engagé dans l'un des murs extérieurs de la kasbah:

RO ... VX IVNI .. IOPIVILIANVS
AC - SAC - II VIR - Q  Q -
II CVR MVNERI VP
DAPANI

Les caractères de cette inscription sont peu visibles; quelques-uns même sont complètement effacés. La hauteur des lettres dans les trois premières lignes est de dix centimètres, et dans la dernière, de quatre centimètres.

221

Sur un bloc brisé engagé dans l'un des murs de la kasbah:

SATVRN
M - CAECILIVS D

222

Sur une pierre tumulaire encastrée dans le mur d'une zaouia et en partie cachée par un autre bloc:

ESTA - FIDELI
PACE - VIXSIT
IS - CENT - ET X

223

Sur un bloc long d'un mètre quarante centimètres et haut de quarante-six centimètres, placé à l'un des angles d'une mosquée, les caractères en sont presque tous effacés:

VIIII C
INAED
SIMIVLACRA VERO

Les deux autres lignes sont complètement illisibles.

224

Sur une pierre en partie brisée:

QVI IN DEO CONFIDIT SEMP VIVET

Au-dessus est un médaillon à moitié effacé, puis on lit encore:

GALATEA
DELIS

225

Sur une pierre tumulaire engagée au bas du mur d'une maison:

MEMORIAE M AVR
VIBIA

226

Sur une pierre tumulaire encastrée dans l'une des tours de l'enceinte de la ville:

DIS MANIB
SACR
AEMILIVS
MARCEL
LVS PIVS VIXIT
ANNIS XXXII

227

Sur une pierre tumulaire encastrée dans la même tour:

D M S
C IVLIVS
FORTVNA
TVS PIVS
VIX AN LXXX

228

Sur une pierre tumulaire encastrée dans le mur d'une maison:

M QAVIVS FELIX
SABRVTTO PIVS
VIXIT ANNIS LXV
H S E

229

Sur une pierre tumulaire:

D M S
IVLIA MAIOR
CA PIA VIX ANN LXX
H S E

230

Sur la même pierre tumulaire, double épitaphe:

D M S
M LOLLIVS
PRIMV
LVS PIVS
VIX AN
NIS LXVI
H S E

D M S
M LOLLI
VS LAM
PADARI
VS PIVS
VIX AN
NIS XLV
H S E

231

Sur une pierre tumulaire dont la partie inférieure est brisée:

D M S
C IVLIVS POLY
DIVPES B ET

Le reste manque.

Sur un bloc long d'un mètre, engagé dans une tour:

VDAM VXOR STATIL

Béja est la même ville que celle qui, dans quelques éditions de Salluste, est mentionnée sous le nom de Vacca; d'autres éditions, en effet, portent Vaga, dénomination conforme à celle des deux inscriptions n° 216 ET 217.
C'était, à l'époque de Jugurtha, une cité riche et commerçante que visitaient et même habitaient beaucoup de marchands italiens.

Cette ville se soumit d'abord volontairement aux Romains; mais ensuite ayant, à l'instigation de Jugurtha, massacré par surprise, pendant une fête publique, la garnison qu'elle avait reçue dans ses murs, Metellus lui fit expier cruellement cette défection et la livra en proie à ses soldats.
Plutarque, dans la vie de Marius, nous transmet à ce sujet les mêmes détails que l'historien latin. Il est à remarquer qu'il écrit le nom de cette cité **** dénomination identique, sauf une légère différence de prononciation, à que, dans la langue grecque, le B était ordinairement prononcé comme le V des Latins.
Pline la cite sous le nom d'oppidum Vagense.
A l'époque chrétienne, elle était la résidence d'un évêque.
Sous Justinien, comme nous le savons par Procope, qui écrit: *** à l'exemple de Plutarque, ce qui ne doit pas nous étonner, puisqu'il écrivait également en grec, les murs d'enceinte qui entouraient jadis cette place furent relevés, et elle fut elle-même appelée Theodorias, en l'honneur de l'impératrice. C'est donc à cet empereur, très probablement, qu'il faut attribuer l'enceinte actuelle, enceinte qui, par la nature et l'agencement quelquefois irrégulier de ses blocs, accuse, comme je l'ai dit, une reconstruction du Bas-Empire, exécutée à la hâte avec des matériaux plus anciens.
A l'époque d'El Bekri, c'est-à-dire dans la dernière partie du onzième siècle de notre ère, Béja jouissait encore d'une grande prospérité:
« Badja, dit cet écrivain arabe, renferme cinq bains, dont l'eau provient de sources dont nous avons parlé; elle possède aussi un grand nombre de caravansérails, et trois places ouvertes où se tient le marché des comestibles. Les environs de Badja sont couverts de magnifiques jardins, arrosés par des eaux courantes. Le sol en est noir, friable, et convient à toutes les espèces de grains. On voit rarement des fèves et des pois chiches qui soient comparables à ceux de Badja, ville qui, du reste, est surnommée le grenier de l'Ifrikiya. En effet, le territoire est si fertile, les céréales sont si belles et les récoltes si grandes, que toutes les denrées u sont à très bas prix, et cela lorsque les autres pays se trouvent soit dans la disette, soit dans l'abondance. Quand le prix des céréales baisse à Cairouan, le froment a si peu de valeur à Badja que l'on peut en acheter la charge d'un chameau pour deux dirhams (environ un franc). Tous les jours il y arrive plus de mille chameaux et d'autres bêtes de somme, destinés à transporter ailleurs des approvisionnements de grains; mais cela n'a aucune influence sur le prix des vivres, tant ils sont abondants.»
Aujourd'hui Béja est bien déchue d'une pareille richesse. Sa population dépasse à peine quatre mille habitants. Néanmoins, ses environs sont si fertiles, principalement en céréales, qu'elle est toujours demeurée l'un des plus importants marchés, pour le commerce des grains, de touts la contrée que les Arabes désignent par l'expression générique de Frikia ou Ifrikia, c'est-à-dire d'Afrique proprement dite, expression dans laquelle ils comprennent la plus grande partie du nord de la Tunisie, et notamment tout le bassin de la Medjerdah. Remarquons, en passant, que cette dénomination est un souvenir de la provincia Africa des Romains.